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Communication et responsabilité associative

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Les prises de position « politiques » de l’association sont-elles compatibles avec le projet éducatif des EEDF ? La question a été posée cet hiver par le comité directeur aux congrès régionaux, et nous avons proposé à Maud et Flo, deux bénévoles de l’association impliqué.e.s dans la communication, de donner leur point de vue sur cette question.

Une question dans un contexte

D’abord, notre projet éducatif dit qu’on « s’interdit toute propagande (…) politique», et la constitution de l’OMMS que le scoutisme est un « mouvement à caractère non politique ». Ensuite, l’association prend régulièrement des positions officielles sur des sujets de société. Citons récemment l’appel à voter contre le Front national lors du second tour des présidentielles, contre les expulsions locatives visant des enfants en 2015, notre position contre l’état d’urgence en 2016, etc. Enfin, nous sommes partenaires de plusieurs ministères et organismes publics, et recevons des subventions pour appuyer nos activités. Leur niveau a plutôt tendance à baisser, et ceci est évidemment très sensible financièrement. Certaines prises de position publiques pourraient ne pas plaire et conduire à des baisses de moyens. Dans ce contexte, nos prises de position politiques sont parfois contestées en interne comme en externe : le scoutisme étant « non politique », cela ne serait pas notre rôle ; et puis, communiquer publiquement n’est pas utile et il vaudrait mieux agir. Nous, les auteur.e.s de cet article, sommes en désaccord avec ces points de vue.

Éduquer : c’est politique !

Le scoutisme vise officiellement à créer un monde meilleur. Dire cela, c’est reconnaitre une intention politique : nous avons une idée du monde que nous voulons voir advenir, et si nous voulons un monde meilleur, c’est que l’actuel ne nous convient pas ! Le projet éducatif des Éclés précise notre vision de ce monde en insistant sur la fraternité, l’émancipation des individus, l’équilibre de l’environnement et, bien sûr, la laïcité. En ce sens, nous sommes un Mouvement
avec des idéaux politiques. Notre but même est de les faire vivre au quotidien et de les transmettre.

A-politique, une interdiction ou une liberté ?

Alors pourquoi les textes cadres nous définissent comme « non politique» ? Est-ce qu’il faudrait en déduire que, même si nous avons des idéaux politiques, il ne faudrait pas l’être officiellement, et encore moins communiquer publiquement ? Ce serait en réalité plutôt hypocrite, et on trouve ailleurs dans nos textes confirmation que l’association peut bien exprimer une « position politique médiatisée» (règlement général 4.4.3), et qu’elle a même « vocation à s’engager ou prendre position publiquement, (…) chaque fois qu’un de ses principes fondamentaux est remis en cause. » (L’Engagement des EEDF).
De fait, ce que disent nos textes, c’est que nous ne sommes pas là pour faire de la propagande partisane ou militer pour tel ou tel courant politique. C’est que tout se joue dans ce mot : « politique ». Il ne renvoie pas qu’à des partis et des élu.e.s, mais aussi aux choix collectifs, à une vision de la société. Là est notre place. Plus encore, notre « a-politisme » est quelque part davantage une liberté de prendre position (en dehors de tout lien et de toute injonction d’un parti politique), qu’une interdiction de le faire. En 1961, le mouvement disait via un édito de Jean Estève publié dans Routes nouvelles « nous constatons que les évènements politiques et sociaux retentissent sur notre action éducative, et qu’il ne nous est pas possible de créer une oasis artificielle où nous poursuivrions notre oeuvre sans rien vouloir connaître de ce qui se passe autour de nous ». C’était pour prendre position publiquement contre la torture durant la guerre d’Algérie, et à l’époque, on percevait 473 000 Francs de subvention.

Prendre position, c’est désigner l’obstacle

Reste l’idée que prendre position, ça ne serait que de la com’, et que cela n’aurait pas d’intérêt pour le coeur de notre association : éduquer, former, vivre ensemble. Là encore, pas d’accord. Notre projet éducatif, s’il est formellement un texte écrit bien défini, se nourrit chaque fois de nos positions publiques, qui invitent tous.tes les responsables Éclés à les traduire dans notre pédagogie. On pourrait se dire qu’elles ne sont pas nécessaires, mais justement, il est parfois important d’incarner notre projet sur des sujets précis, de le relier à la vie de notre société. Prendre position lors de la journée contre l’homophobie, c’est s’engager à mettre l’accent sur l’égalité dans nos actions. Rappeler notre attachement à la paix lors des attentats de Nice, c’est s’engager à développer nos actions d’éducation à la paix et la fraternité. Peut-être est-ce là le plus dur, et là le chantier : proposer chacun.e à son niveau des outils, des activités, des pistes pédagogiques en cohérence.

Flo Birée et Maud Révéillé, membres de la Commission communication inter-régionale (Intercomcom)

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